Michel: JOBS JOBS JOBS … le FLOP!

Ce qui marque ce n’est pas tant le résultat, minable, en termes d’emplois nouveaux, mais bien comment cette sous-performance évidente a servi de « success story » à la propagande gouvernementale côté francophone, relayée par des médias révérencieux qui laissent entendre, mois après mois, années après années, que puisque le chômage baisse (pas toujours pour de bonnes raisons) et que des emplois (peu durables, à bas salaire) sont créés, tout va mieux quand dans la vraie vie,  les Wallons et Bruxellois appauvris par la poltique gouvernementale rament à contre-courant.

Jobs jobs jobs Michel V2

Les fakes news du MR n’ont donc pas convaincu dans les urnes, heureusement, la vraie vie reprend toujours ses droits.

Pour des mauvais emplois, à bas salaire et temporaires, le gouvernement Michel a surtout privilégié la baisse des salaires, le saut d’index et le gel des salaires couplés à des exonérations de paiement de ce qui fonde la sécurité sociale :  les cotisations sociales patronales à l’ONSS. Le tax shift lancé en 2015 qui doit rendre du pouvoir d’achat aux bas salaires s’avère extrêmement chiche en retour concret.

« Un travailleur dont le salaire brut mensuel se monte à 2.000 euros perçoit, selon les chiffres du spécialiste en ressources humaines SD Worx, 168 euros net de plus par mois qu’en 2016. Pour un salaire mensuel brut de 4.000 euros, les travailleurs perçoivent en net 126 euros de plus. » (L’Echo, 25/05/2019)

Dans le même temps, on a ré-augmenté la TVA sur l’électricité, et augmenté les accises sur le tabac, l’alcool et le diesel, ça mange tout de même une énorme part du budget des moins nantis qui eux se débattent avec des fins de mois qui commencent le 15. Selon Statbel, 19% des familles interrogées (6000) n’arrivent pas à faire face aux dépenses mensuelles.(L’Echo, 28/01/2019).

Certes des emplois ont été créés, 220.000 en quatre ans officiellement. Certes, on assiste à une baisse du chômage mais il n’y a pas de vase communicant automatiquement de l’un à l’autre vu toutes les politiques pour cacher les chercheurs d’emplois des statistiques et aussi pour carrément les rayer de la banque carrefour de la sécurité sociale comme c’est le cas des exclu(e)s de l’allocation d’insertion arrivés en fin de droit qui ne sont pas allé(e)s au CPAS demander le revenu d’intégration sociale, par honte ou parce qu’on est en couple avec quelqu’un qui travaille, parce qu’on ne voulait pas subir l’offense de devoir rendre des comptes sur tous ses revenus pour ne finir par obtenir que des miettes comme cohabitante.

Si peu d’emplois, si précaires, si mal payés qu’ils en sont insignifiants en regard de la masse de sans emploi, d’autant plus que les premiers à profiter de l’aubaine des nouvelles offres sont ceux qui travaillent déjà et cherchent à quitter leur job (voir ci-dessous).

Bref, pas de quoi fouetter un chat, comme le fait que ce gouvernement, qui pour y arriver, a massivement subsidié les emplois du secteur privé et dégraissé dans le secteur public.

Comme ce gouvernement-ci n’a rien fait pour les classes populaires sinon leur nuire, mettant en oeuvre le programme politique des grands patrons (VBO-FEB, VOKA), en période électorale, il n’a rien d’autre à « vendre » que ses maigres créations d’emploi, que la presse oublie systématiquement de mettre en face de la demande d’emploi toujours « psychologiquement » (sic) élevé à un niveau inacceptable et qui a repassé la barre des 200.000 en Wallonie.

Et surtout on se garde bien de préciser que les emplois créés le sont surtout en Flandre pas là où le chômage de longue durée est endémique car les patrons wallons et bruxellois préfèrent se couper un bras que d’engager un chômeur de longue durée ou pire un + de 50 ans .

Ainsi nos « fleurons », tels ING ou Proximus, champion du Bel20, narguent le gouvernement et son discours sur le fait d’augmenter le taux d’emploi des + de 55 ans en payant ses « seniors » à rester chez eux à rien faire et en les poussant vers la sortie « volontairement » surtout les vieux statutaires (chez Proximus).

L’alibi  officiel : « La pyramide des âges penche chez Proximus vers les 40 et 50 +, alors qu’au plan des compétences l’entreprise a besoin de digital natives. « Tous les plans de formation du monde ne vont pas changer les 50 + en millennials », souligne un expert. Cela dit, les call centers et les services administratifs pourraient être visés, selon des sources internes qui épinglent le « vieillissement » du personnel des centres d’appels. » (Source l’Echo 10/01/2019)

En réalité ce sont les hauts salaires et les bien meilleurs statuts hérités de la RTT (ancêtre de Belgacom) qui sont éjectés pour réengager une main d ‘oeuvre précaire, vraiment moins cher, les « digital natives » étant un alibi, les call center n’ont pas besoin de main-d’oeuvre très qualifiée technologiquement. Si vous voulez voir un jeune travailleur surexploité de Proximus, taillez donc une bavette avec l’installateur de votre connexion sur ses conditions de travail…

Plus d’emplois en Flandre surtout

On ne va pas se quereller sur les chiffres, c’est toujours une question de verre à 70% plein et 30% vide (selon le taux d’emploi, qu’on soit au travail ou au chômage). D’après les chiffres de l’ONSS jusqu’au 3e trimestre 2018, c’est en Flandre qu’on crée la majorité des emplois ou qu’on fait tourner majoritairement les emplois, ce dont Michel ne se vante évidemment pas.

Sur les 169.858 nouveaux postes en 4 ans, la Flandre se taille la part du lion, 59% des embauches.

Evolution du nombre de postes de travail en fonction du lieu de résidence (région), derniers chiffres ONSS du 3e trimestre 2018 (estimations rapides) :

    • Total des travailleurs domiciliés en Région de Bruxelles Capitale : 323.500
      Augmentation des emplois entre Q4/2014 et Q3/2018 : + 22.049
    • Total des travailleurs domiciliés en Région wallonne : 1,131.600
      Augmentation des emplois entre Q4/2014 et Q3/2018 : + 47.174
    • Total des travailleurs domiciliés en Région flamande : 2,384.100
      Augmentation des emplois entre Q4/2014 et Q3/2018 : + 100.635

Environ la moitié des recrutements concerne des contrats de travail à temps plein; l’autre moitié est quant à elle constituée d’autres types de contrats. Depuis 2008, peu avant la crise, le volume des emplois à temps plein a diminué de 6 points de pourcentage en 2015, passant de 55 à 49%. Par contre, on constate une légère augmentation du volume des emplois à temps partiel, qui est passé de 28 à 30% sur une période de 8 ans, et une augmentation plus marquée de la catégorie ‘spéciale’ des travailleurs flexibles bénéficiant de contrats courts et irréguliers, qui est passée de 16 à 20%. » (Revue DynaM 2017/1, « Travailler à temps plein, à temps partiel ou comme travailleur flexible chez un nouvel employeur ». HIVA – KU Leuven).

Source : Olivier Derruine/Infogram

Source : Olivier Derruine/Infogram

Le boom de l’intérim est notamment lié à la réforme visant l’harmonisation des statuts d’ouvrier et d’employé ou « statut unique » de 2013 qui a conduit à supprimer la période d’essai (demande patronale) qui fut ensuite à nouveau réclamée à cor et à cri (le patronat belge est parfois schizophrène…). Désormais, tout contrat en CDD ou CDI sera précédé d’une période en intérim équivalente à trois mois, au moins, servant de période d’essai. La pratique existait déjà avant l’harmonisation, elle s’est juste étendue.

Les lundis au soleil (2002)

Cependant, l’accroissement des travailleurs ultra-flexibles via des contrats en intérim journaliers successifs est lui lié à un abus des grandes entreprises comme le rappelle l’UCM : « Le problème est que certaines grandes entreprises faisaient un usage abusif de la formule et utilisaient des contrats journaliers successifs durant des mois voire des années. Le ministre de l’Emploi (CD&V) s’en est ému et a demandé aux partenaires sociaux de plancher sur une solution. » (Lire la brochure patronale sur comment continuer à ne rien changer).

Des nouveaux emplois, oui mais pour qui?

Aussi étonnant que cela puisse paraître au lecteur lambda, le chômage ne diminue pas autant que la création d’emploi n’augmente. Ce serait trop beau. C’est oublier la concurrence féroce sur le marché de l’emploi entre les déjà travailleurs et les chômeurs.

Le dernier rapport sur la dynamique du marché de l’emploi belge annonce, une fois de plus, une embellie (très modeste). La création nette d’emplois est de 66.352 entre juin 2016-juin 2017 (pour environ 600.000 personnes qui cherchent et trouvent occasionnellement) mais c’est l’arbre qui cache la forêt, entre les sorties de l’emploi, les entrées dans l’emploi et surtout les créations et destructions d’emplois qui s’équilibrent en boni à + 66.352. Une caractéristique de cette dynamique est la tournante des déjà travailleurs dans l’emploi (churning) qui augmente avec l’accroissement du volume d’emplois disponibles. Ainsi, l’augmentation des emplois aurait tendance à d’abord profiter à ceux qui en ont un.

Source : Dynam https://www.dynamstat.be.

La Wallonie toujours à la traîne

Alors que la communication autour des chiffres officiels du chômage en baisse fait toujours l’impasse sur l’énorme masse de demandeurs d’emploi wallons (202.583 en février 2019, tiens on a repassé la barre ‘psychologique’ des 200.000 chômeurs wallons) comme de la sévérité du chômage de longue durée (144.735 en recherche depuis plus d’un an), le pire à résorber car aucun recruteur ne veut d’un chômeur depuis plus de 6 mois sur le carreau, les Wallons souffrent de paupérisation, qu’ils travaillent ou non, et la grogne s’exprime plus fréquemment, depuis le début des manifestations en France des groupes de « Gilets Jaunes », qui se sont aussi organisés ici (et ont très vite été matés par des arrestations administratives et un meurtre).

« Entre 2010 et 2016, la productivité de la main-d’oeuvre a augmenté de 2,6% au total en Belgique alors que sur la même période, elle a diminué de 0,5% en Région bruxelloise et n’a augmenté que de 0,74% en Wallonie ». Cette dernière « s’est avérée moins résiliente que le reste du pays dans le sillage de la crise », dixit la Commission européenne (L’Echo, 7/03/2019).

« Ses critiques portent aussi sur la rigidité excessive du marché du travail, qui discrimine les personnes d’origine étrangère et peu qualifiées. La Commission enjoint les pouvoirs publics à proposer aux jeunes davantage de formations techniques en soignant particulièrement leurs compétences linguistiques et numériques » (L’Echo, 27/02/2019).

Tout dernièrement, on a échappé de peu à la mise en déroute du système des points APE par un gouvernement régional MR-cdH qui menaçait 60.000 emplois subsidiés wallons, des ex-chômeurs qui risquaient de retourner au chômage. Ce risque de tsunami social a donc été évité de justesse (mais pas forcément écarté définitivement, on sait que c’est dans l’air) dans une Wallonie déjà perdante qui n’arrive toujours pas à diminuer significativement son niveau de chômage et continue à exclure des chômeurs, temporairement comme définitivement (fin de droit en allocation d’insertion) sans garantir l’opportunité promise de travailler au lieu de chômer.

Le vote au Parlement wallon n’ayant pu avoir lieu suite à la perte de majorité du gouvernement car un membre du MR a fait défection pour le parti d’extrême-droite d’Alain Destexhe. Il n’y a plus de majorité gouvernementale ni au fédéral, ni en Wallonie depuis le 20 mars, à une encablure des élections régionales, fédérales et européennes du 26 mai 2019.

The Full Monty (1997)

La Wallonie est aussi accablée par l’affairisme de ses partis traditionnels, elle est aussi corrompue que la Bulgarie et en adoptera bientot le niveau salarial. En effet, le projet du gouvernement wallon (coalition MR- cdH) est de pousser au statut de faux indépendant, et à l’ubérisation. En outre, toute la classe politique francophone qui a participé au saccage des droits sociaux et salariaux pendant des décennies (cdH, MR, PS) est aussi impliquée dans des scandales de corruption, « publifin » (en Province de Liège, tous les partis traditionnels sont concernés par des détournements d’argent public, sauf Ecolo) et #samusocial (à Bruxelles) comme « Kazakhgate » (jeu de trafic d’influences MR entre la Belgique, la France et le Kazakhstan, qui a fait voter une loi, la transaction pénale, pour blanchir la fraude fiscale avec de l’argent sale sans avoir de casier).

220.000 emplois créés ne calmeront pas la colère des appauvris, car la classe politique s’est déshonorée, et a perdu la confiance des électeurs, qui restent extrêmement inquiets face aux difficultés à « boucler les fins de mois » comme on dit pudiquement pour ne pas dire qu’on est pauvre, mais aussi pour l’avenir de leurs enfants, et surtout, la question climatique qui inéluctablement rattrappe la question sociale.

Le gouvernement Michel bloque aussi la loi climat et pousse à manifester sans relâche pour que les intérêts des patrons ne prennent pas le pas sur l’intérêt général.

Les familles monoparentales, les chômeurs et les locataires courent un risque de pauvreté plus élevé

Les oubliés de la prospérité sont invariablement les mêmes. Et ils n’ont pas voté pour les MR, cdH aux dernières éléctions. Le PS reste le premier parti en ayant perdu des plumes, seuls gagnants, le PTB et les Ecolos. Mais seul le PTB réclame régulièrement l’abrogation des mesures anti-chômeurs.

Selon StatBel: « Les chômeurs[1] (49,4%) sont beaucoup plus exposés à la pauvreté monétaire que la population active occupée (5,2%). Les membres des familles monoparentales (41,3%) courent un risque quatre fois plus élevé que les membres d’une famille composée par exemple de deux adultes et deux enfants (9,8%). Il en va de même pour les locataires (37,2%) par rapport aux personnes qui sont propriétaires de leur logement (9,1%). Enfin, les personnes les moins éduquées, qui disposent tout au plus d’un diplôme de l’enseignement secondaire inférieur, affichent un taux de pauvreté monétaire quatre fois supérieur à celui des personnes les plus éduquées (27,8% contre 6,4%). »

Pas étonnant  dès lors que le résultat des urnes reflètent ces préoccupations dans le sud du pays.

Rappelons que ceux qui ont voté les politiques austéritaires et sont corrompus jusqu’au tréfonds (cdH, MR, PS) ne sont plus crédibles pour défendre les droits économiques sociaux et culturels de leurs ouailles.

Le droit au travail et au libre choix de son activité professionnelle sont violés par la législation chômage sur l’emploi convenable qui permet à un Forem décomplexé d’humilier des gradués et des universitaires au chômage en leur proposant une formation au ‘métier de rêve’ de technicienne de surface (180 heures de formation après réussite d’un entretien de motivation). Il n’y a pas de sot métier mais est-ce bien la meilleur utilisation des diplômés wallons? Ne parlons même pas de la vision purement utilitariste du chômeur qui ne doit servir que les désirs patronaux oubliant les siens propres: quel emploi, quel salaire, quel régime de travail, bref quelle vie de merde on doit accepter parce que certains sont plus égaux que d’autres … Quand on n’est pas bien né, qu’on n’a ni piston, ni réseau, on est bon à tout faire.

Nouvelle donne politique

Wallonie : Plein Emploi en 2030
Le grand retour de la tarte à la crème du « plein emploi en 2030 » dans la note du potentiel gouvernement wallon PS-Ecolo fait ricanner. Aucune mention de l’abolition des mesures anti-chômeurs: la traque (système de contrôle de la disponibilité des chômeurs à travailler, sous entendu qu’ils sont tous rétifs au travail et il faut les contrôler, menacer, sanctionner pour que ces gueux bossent un peu), comme la réforme du chômage: dégressivité comme fin de droit en allocation d’insertion (compétences fédérales). Les Ecolos n’ont même pas poussé pour la gratuité des transports publics pour les chômeurs, seuls les jeunes (-26 ans) et les retraités (+65) en bénéficieront. Les travailleurs en APE seront rassurés, ils ne retourneront pas au chômage sous cette coalition rouge-verte, mais c’était courru d’avance. La Wallonie s’inspirera de l’initiative française « Territoires zéro chômeur longue durée » selon la note PS-Ecolo : « La Wallonie fixera le cadre légal pour développer l’approche « territoire zéro chômeur de longue durée » sur des territoires volontaires et assurera la mise en place d’une expérience pilote dans chaque bassin d’emploi.
Espérons qu’ils éudieront (pour changer) les écueils de la mesure en France où la CGT a beaucoup de critiques envers la mesure assez bancale.

La convocation absure de la « société civile » par les Ecolos, suite à l’impasse des négociations avec un troisième larron qui  donnera une majorité ferme en Wallonie, vu que le PTB s’est retiré du jeu vise à distraire et s’adosser une léitimité « progressisite » pendant que le tandem PS-Ecolo trouve une solution à son gouvernement minoritaire.

Le PTB devrait entrer au gouvernement si on regarde les chiffres, et ce serait bien mieux que l’alternative: le MR qui ferait son retour en Wallonie, alors que l’électeur l’a durement sanctionné, ne parlons même pas du cdH qui est quasiement devenu anecdotique et n’a plus aucune légitimité à revenir aux affaires en Wallonie. Ce serait le comble s’il ramenait sa fraise après un tel désaveu électoral.

Si nos élections sont confisquées par les disciplines de parti qui défient le résultat des urnes, les cinq prochaines années verront une nouvelle forme d’opposition naître, et probablement la confiance en la démocratie s’effondrer, car l’augmentation des votes blancs ou nuls depuis 2014, en Flandre et en Wallonie, reste de mauvaise augure.

La société civile c’est vous et moi, c’est tout qui n’est pas dans un exécutif ou un parlement, et la « société pas civile », comme disait Thomas Gunzig sur Matin Première (RTBF), est celle qui n’hésitera pas à chasser « les chômeurs parce qu’ils ne crient pas très fort »…

Corine Barella